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22 novembre 2015

Une histoire des peuples arabes, de Bonaparte à 1970 : Jean-Pierre Filiu sera notre invité le 27 novembre


Nous allons oublier un peu l'actualité brûlante pour parler d'Histoire, et nous le ferons autour d'un livre passionnant : "Les Arabes, leur destin et le nôtre - Histoire d'une libération", c'est publié aux Editions de la Découverte, et j'aurai le plaisir de recevoir son auteur, Jean-Pierre Filiu. Les auditeurs fidèles de ma série commencent à le connaitre car c'est la troisième fois que je le reçois. Pour rappel, c'est un orientaliste réputé, professeur en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris et auteur d'une douzaine d'ouvrages sur le monde arabo-musulman. Alors c'était un pari audacieux que ce livre, car en moins de 250 pages il a retracé la traversée de deux siècles dans le monde arabe, des siècles bien agités où cet univers nous a surtout renvoyé une image de violence. Or ce monde a eu aussi une autre histoire, des "lumières" sous le joug des Ottomans, et des luttes pour s'émanciper des pouvoirs coloniaux, jusqu'aux révolutions récentes. Il a écrit en pleine empathie pour ces peuples qu'il aime, sans concessions pour tous leurs régimes, et sans sympathie non plus pour Israël - même s'il n'est pas non plus un antisioniste radical. Ce livre est tellement riche qu'il était impossible de lui consacrer une seule émission, c'est pourquoi nous en auront deux ; j'ai choisi de respecter, à peu près, une césure chronologique en m'arrêtant dimanche prochain à la moitié, qui correspond au tournant des années 1970 ; et nous traiterons des 45 ans qui ont suivi dans l'entretien suivant.

Parmi les questions que je poserai à Jean-Pierre Filiu :
-        Quel était le paysage politique au moment de l'expédition de Bonaparte, du Maghreb au  Moyen-Orient ? Est-ce que les peuples de la région se définissaient par nationalités, ou uniquement par leurs religions - qui étaient encore diverses à l'intérieur de l'Empire ottoman ? Et quelle était la démographie face à l'Europe, qui allait entreprendre des aventures coloniales vers ces contrées ?
-        Pour vous, le 19ème siècle et au delà, jusqu'en 1913,  a été marqué pour les Arabes par la "Nahda", "la Renaissance". Quelle était cette dynastie moderniste qui a régné en Egypte après l'expédition de Bonaparte ? Vous parlez du rôle important des Chrétiens d'Orient dans le nationalisme arabe, et vous dites qu'à l'époque il n'y avait pas de cassure entre nationalisme et islamisme, n'est-ce pas contradictoire avec la nostalgie d'un "Califat arabe" ? Les penseurs de l'Islam comme Rachid Rida n'ont-ils pas plutôt poussé vers un retour en arrière, avec la confusion entre politique et religion ?
-        Vous racontez en détail la Première Guerre Mondiale, le personnage historique de Chérif Hussein Ali et les promesses britanniques non tenues des Britanniques d'un grand Etat arabe dont il aurait été le monarque. Il y a eu les fameux accords Sykes-Picot, la déclaration Balfour, les mandats coloniaux et la mise sous tutelle des peuples, d'où une colère arabe que l'on comprend tout à fait. Mais pourquoi ne pas avoir mentionné non plus le traité de Paix de Sèvres en 1920, qui prévoyait l'indépendance des Arméniens et des Kurdes ?
-        Il est tout à fait juste que l'opposition arabe au Sionisme a été aussi massive que durable, mais il y a un certain nombre de choses dont vous ne parlez pas comme l'accord signé à Paris entre l'Emir Fayçal, le fils de Hussein et Haïm Weizmann ; vous citez les vagues d'immigration juive, mais vous ignorez les centaines de milliers d'Arabes ensuite des pays voisins ; vous évoquez la révolte arabe de 1936-1939, écrasée par les Anglais, mais vous ne mentionnez pas les pogroms de 1929 qui ont chassé les Juifs de Hébron et de Safed : pourquoi ?
-        Votre livre évoque bien les responsabilités des Français et des Britanniques pendant la période des mandats, et en lisant certains passages on se demande s'il n'y avait pas en germes les conflits apparus plusieurs décennies plus tard : paradoxalement, ce sont deux monarchies indépendantes très tôt, les Saoud d'Arabie et les Hachémites de Jordanie qui tiennent encore aujourd'hui. Comment l'expliquez-vous ?
-        Je vous ai trouvé assez sévère vis à vis de Habib Bourguiba, le père à la fois de l'Indépendance et de la République, fondée après le renversement du dernier Bey en 1957, en remettant en cause son idéal laïc, et sa modération face à son opposant Salah Ben Youssef, qu'il fit assassiner  : pourquoi ?

En fait, il y avait tellement de pays et de sujets à aborder qu'il était difficile de les résumer ici : L'entretien a déjà été enregistré, et j'espère que vous serez très nombreux à le suivre !

J.C

Nota : une émission un vendredi, pourquoi :
Que de problèmes pour programmer la prochaine émission ! Enregistrée le 5 novembre, donc plus d'une semaine avant les terribles attentats du 13, elle devait au départ être diffusée le 15, et la deuxième moitié de cet interview le 29 novembre. Ayant appris que le Radiothon de la Tsdedaka devait mobiliser la journée du 15, il a d'abord été convenu un décalage, avec cette fois les dates du 29 novembre et du 13 décembre. Mais, en raison de la terrible actualité, Judaïques FM a eu une édition spéciale le 15 : voici donc le Radiothon décalé au 29, ce qui devait faire sauter encore un numéro de "Rencontre". Bref, convenant avec notre direction qu'un "blanc" d'un mois et demi était trop long pour ma série, cette émission déjà enregistrée - et qui, soulignons le aussi, ne pouvait pas parler des attentats - doit passer exceptionnellement un vendredi, le 27 novembre à 9h30. Les auditeurs fidèles du dimanche matin et qui la rateront, pourront la retrouver sur ma page de podcasts récents, dont le lien se trouve en colonne de gauche du blog.