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23 novembre 2014

Juifs et Kabyles, destins croisés : Jibril Daho sera mon invité le 30 novembre

Femme kabyle en costume traditionnel

C'est une émission tout à fait singulière que je vais vous proposer dimanche prochain, et cela pour plusieurs raisons. D'abord parce que nous allons avoir une conversation par téléphone depuis un pays, où, hélas, les Autorités ont toujours voulu effacer la passé juif. Ce pays, c'est l'Algérie. Ce n'est pas la première fois que je réalise une interview avec un invité vivant là-bas, mais c'est suffisamment rare pour être souligné. Ensuite, c'est une émission où on parlera de la Kabylie, là aussi ce n'est pas la première fois que j'évoque cette fière région, la dernière fois c'était avec Monsieur Lyazid Abid, un leader autonomiste kabyle ; mais je dois dire que je le fais toujours avec plaisir, parce que c'est la province d'Algérie d'où je reçois le plus grand nombre de messages d'amitiés sur le réseau FaceBook. Et c'est ainsi, grâce à ce réseau, que j'ai fait la connaissance de Jibril Daho, qui m'a envoyé son livre il y a quelques mois. Je dois vous dire combien j'ai été heureusement surpris en découvrant sa biographie : nous avons le même âge ; il est ingénieur chimiste de formation, lui aussi ; et nous partageons une passion pour la littérature. Retraité aujourd'hui, il a voulu partager grâce à un roman tout ce qu'il a enregistré sur la société qui l'entoure, dans les montagnes de la Kabylie où il vit, et il faut saluer la précision, la qualité du style de son premier livre, publié aux Editions Franco-Berbères. Seulement, et c'est là la dernière originalité de cette interview, son ouvrage à pour titre : "Taos, l'extraordinaire destin d'une juive kabyle".  Il y raconte l'histoire - imaginaire ou non, on en parlera - d'une Juive qui a vécu là-bas au siècle dernier, alors même que l'Algérie a vu partir quasiment toute cette Diaspora. 

 
Parmi les questions que je poserai à Jibril Daho :

-        Vous aviez une dizaine d'années au moment de l'indépendance, lorsque tous les non musulmans sont partis. Or vous décrivez avec une grande précision les rituels juifs, leurs fêtes, leur mode de vie d'antan : en avez-vous rencontrés ? Dans votre ouvrage, c'est seulement à la page 125 que vous évoquez le quartier Karaman à Bejaïa - qui s'appelait Bougie, à l'époque coloniale - quartier où vivaient des Juifs, et vous décrivez une belle synagogue abandonnée, devenue une école. Mais dans les douars de la montagne, dans le village d'Aït Settah où se déroule une grande partie de l'action, j'imagine qu'il n'y avait aucuns échanges avec les Juifs ?
-        Pages 32 à 46 va se nouer la suite de tout le roman. Nous sommes à Ghardaïa, aux confins du Sahara, dans le Mzab, au début du siècle dernier. On découvre dans cette ville une population berbère à la religion particulière, puisque ce sont les Mozabites Ibadites, et une population juive, qui est à la fois la seule tolérée dans la région, et la seule du pays à ne pas avoir été naturalisée française par le décret Crémieux : pourriez-vous décrire à nos auditeurs ces deux communautés : quels étaient à la fois leurs liens et les barrières qui les séparaient ?
-        Tout le roman part en fait de l'amour singulier et indestructible de deux enfants de Ghardaïa, Mansour le musulman et Soltana la juive : rejetés par leurs deux communautés, ils décident quand même de se marier, et c'est un drame pour les deux familles qui sont tout de suite ostracisées. Ensuite, le jeune couple doit fuir Ghardaïa et vivre à Alger, et  Mansour aura une épicerie florissante. Chacun, mari et femme, continuera de respecter sa religion. Pourtant la malédiction est sans aucune pitié, les deux ne pourront même pas être enterrés dans leur ville natale : est-ce que des histoires pareilles ont vraiment existé en Algérie ; et est-ce que malgré cet ostracisme il y a eu un certain nombre de mariages mixtes ?
-        à partir du moment où Taos a la révélation de sa judaïté, elle va faire des efforts incroyables pour pratiquer des rudiments de Judaïsme alors qu'officiellement, elle est musulmane. Elle n'a pas de calendrier hébraïque, mais elle s'arrange pour célébrer Pessah à peu près au moment de la fête kabyle du Tafsut ; elle prépare des plats traditionnels pour les Shabbats ; et tout cela en disant à son fils, Adel, étudiant en théologie islamique, fils de "Chahid", que ce sont des "coutumes" ; elle ne franchira jamais le pas pour lui avouer que lui aussi est d'origine juive, et juif puisque de mère juive : à la réflexion, est-ce que vous auriez pu imaginer une fin différente pour ce livre ?
-        quelle était la manière traditionnelle de pratiquer la religion musulmane chez les Kabyles, est-ce qu'ils ont conservé par exemple des rites païens ? Et est que cette pression des islamistes, allant de pair sur un plan culturel avec l'arabisation, a fait que votre région a malheureusement beaucoup changé, comme le reste de l'Algérie ?
-        à propos de l'enlèvement, puis de l'horrible assassinat, filmé, d'Hervé Gourdel, guide de montagne venu faire de la randonnée dans votre région : est-ce que cette insécurité est pesante en Kabylie ? Et que pensez-vous des rumeurs "complotistes" contre les autonomistes, par exemple des déclarations de Louisa Hanoune, du Parti des Travailleurs algériens - formation trotskiste : elle, n'hésite pas à incriminer les autonomistes kabyles du M.A.K dans le rapt et l'assassinat, en y voyant un complot pour nuire à l'Algérie ?
  
Une émission bien originale, que j'espère vous serez nombreux à suivre !

J.C