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17 mars 2012

La Tunisie de notre enfance : Albert Naccache sera mon invité le 25 mars



Dimanche prochain, nous allons laisser l'actualité brûlante pour cette émission, et nous accorder ce que j'appellerai une page de bonheur. Un bonheur comme celui que l'on éprouve en feuilletant un album de photos anciennes, plaisir de plus en plus rare à notre époque où les photos sont numérisées, et où, surtout, tout s'accélère trop vite dans nos sociétés. Il était une fois la Tunisie de notre enfance, celle où je suis né, pays magique que je n'ai pas oublié alors ce que cela fait plus de 40 ans que je vis ici. Comme le chantait Enrico Macias, "On emporte un peu sa ville, aux talons de ses souliers" :  la ville dont nous allons parler, c'est l'Ariana, petite bourgade dans ce qui était à l'époque la grande banlieue de Tunis, et j'aurai le très grand plaisir de recevoir Albert Naccache. Albert Naccache a publié aux éditions "L'apart" "Les roses de l'Ariana". C'est un ouvrage sans prétention où il évoque en 150 pages, avec d'émouvantes illustrations, ses racines, son enfance, les premières années d'adolescence, bref une page d'Histoire qui va de 1943 à 1961, année où il a définitivement quitté la Tunisie. Il est mon aîné d'une dizaine d'années, mais quelque part et c'est ce qui m'a remué, bien sûr, nos chemins se sont croisés. Ils se sont croisés quelque part dans la famille de sa mère, car j'ai découvert que nous sommes des parents éloignés, en fait comme tous les Juifs tunisois qui se mariaient entre eux. Mais il y a aussi des liens géographiques, puisque j'ai découvert qu'il vivait route de Djaffar, et il cite la famille Corcos, et la maison de mes grands parents qui étaient des voisins ! Alors pourquoi évoquer ce monde disparu ? Pas seulement par nostalgie. Pas seulement pour le plaisir d'entendre Albert Naccache. Mais aussi et surtout pour rendre hommage à cette petite communauté tunisienne, dont il reste très peu de membres sur place, et qui sont certainement inquiets des évènements récents dans le pays. Et puis aussi pour rappeler, sans peindre les choses ni en noir, ni en rose, qu'il y a eu jadis une coexistence entre Juifs et Musulmans là-bas, et pour en parler.

Parmi les questions que je poserai à Albert Naccache :

- Vous avez eu le mérite de ne pas faire de ce livre une simple compilation mémorielle mais de commencer par un récit, très synthétique, de l'histoire des Juifs de Tunisie. Page 29 vous citez le géographe Onesime Reclus, qui en 1902 parlant de la population tunisienne, avait carrément rayé les Juifs du paysage ! Pouvez-vous rappeler l'ancienneté de la présence juive dans le pays ? Et pouvez-vous par deux exemples, celui de Sidi Mahrez au 10ème siècle, mais aussi l'épisode des Almohades, au 12ème siècle, démontrer que le sort des Juifs tunisiens a connu des périodes parfois sombres parfois heureuses à travers les siècles ?

- En lisant vos souvenirs - qui recoupent en partie les miens, surtout lorsque vous évoquez l'ambiance bonne enfant dans la rue, ou l'été à la plage à La Goulette - on réalise que les moments de tensions, presque d'affrontements physiques avec des jeunes Musulmans, étaient plutôt l'exception et pourtant vous avez grandi dans les années où il y a eu l'indépendance : deux exemples, lorsque vous racontez comment vous avez été agressé par une bande de jeunes musulmans armés de bâtons, à la sortie du "Koutab kisraoui", votre synagogue à l'Ariana ; et puis quand vous racontez, les fins de matchs de football entre l'Espérance Sportive, qui était le club musulman, et l'U.S.T, qui était celui des Juifs ... pouvez-vous confirmer cette impression ?

- Vous rappelez que dans les années 50, tous les mouvements sionistes étaient représentés à Tunis, et que, je vous cite : "les jeunes passaient d'un mouvement à l'autre sans état d'âme, au gré des amitiés ou des rencontres". Heureuse époque, où il n'y avait pas ces cloisons comme en France entre religieux, non religieux, orthodoxes, non orthodoxes. Et il y avait aussi une mixité naturelle, vous racontez comment par exemple la procession italienne de la Madone, le 15 août, était suivie à La Goulette par des Juifs et des Musulmans : cela alors qu'ici, les populations sont de plus en plus ghettoïsées ... comment expliquez-vous cette régression actuelle ? 

- Vous écrivez page 32 : "La devise du Juif tunisien pourrait être "fidélité et ouverture" : fidélité à ses traditions et à ses appartenances, et ouvertures sur le monde", et vous dites que cette modération on la retrouve aussi chez les Tunisiens musulmans : est-ce que vous pensez que les générations qui vont nous suivre auront cette ouverture ? Et surtout, vu les horreurs que l'on a vu et entendu en Tunisie ces derniers mois, avec les Salafistes qui crient "mort au Juif", le triomphe du parti islamiste Ennahda aux premières élections libres depuis l'Indépendance, est-ce que cette modération tunisienne ne va pas aussi disparaitre ?

Une émission bien émouvante, donc ... et j'espère que, même si vous n'êtes pas "Tunes", vous serez nombreux à la suivre !

J.C