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16 septembre 2012

Esclaves chrétiens en terre d'Islam : François Rebière sera mon invité le 23 septembre

Le marché aux esclaves, toile de Jean Léon Gérôme

Nous allons essayer d'oublier un peu l'actualité en nous plongeant dans une page d'Histoire, une page particulièrement mal connue puisque nous allons parler d'un sujet qui n'est quasiment jamais abordé, ni dans les ouvrages scolaires, ni dans les grands médias. Nous le ferons autour d'un livre, "L'autre esclavage : esclaves chrétiens en terre d'Islam", publié aux éditions de Passy. Et pour en parler, j'aurai le plaisir de recevoir son auteur, François Rebière. François Rebière est agrégé d'Histoire, il a été enseignant en France et directeur des activités culturelles de l'Alliance Française en Colombie. Son livre est un ouvrage très court puisqu'il fait moins de 100 pages ; mais je l'ai trouvé extraordinairement dense, puisqu'il arrive à faire le tour de près de 1.200 ans, depuis les premières conquêtes de l'Islam jusqu'au colonialisme européen au 19ème siècle, et ce pour quasiment l'ensemble du bassin méditerranéen. Les érudits n'ont découvert que récemment ce sujet, longtemps tabou puisque - et sa bibliographie le montre - les premiers ouvrages sur l'esclavage en terre d'islam datent des années deux mille. Cependant, son livre donne pour la première fois une synthèse et un nouvel éclairage. Et puis j'ai découvert en le lisant l'ampleur effroyable de ce drame historique qui a duré si longtemps, puisque les victimes, mortes d'épuisement, de faim, de mauvais traitements et disparues sans descendance, se sont comptées par millions. Comme l'écrit en conclusion François Rebière, "en pays d'Islam, il ne reste rien de leur martyr, et surtout pas le souvenir de leur mort. Il ne faudrait pas qu'ils meurent deux fois". Puisse cette émission aider à rendre un peu hommage à leur souvenir.

Parmi les questions que je poserai à François Rebière :

- Pourquoi ce manque de curiosité des historiens européens ? Est-ce, encore et toujours la mauvaise conscience coloniale ? Ou est-ce le fait qu'il n'y ait quasiment pas eu d'historiens arabes à écrire sur le sujet ?

-  Vous avez l'honnêteté de rappeler que l'esclavage préexistait en Arabie, qu'il était une pratique normale dans l'Antiquité et que, ni la Torah, ni l'Eglise des premiers siècles ne l'avait proscrit.  Que dit le Coran sur le sujet ? Est-il licite d'avoir des esclaves, ou bien est-ce que l'on ne peut asservir que des non musulmans ? Et si un captif non musulman devient esclave, se libère-t-il en devenant musulman ?

- Il y a quelque chose de fascinant dans les razzias qui ont été menées, d'abord au Moyen-âge, ce qu'on a appelé la "course" des flottes musulmanes, qui ont amené des troupes très loin à l'intérieur des terres, jusque dans les Alpes, en Italie, en Provence dans le massif qui a pris leur nom - "le massif des Maures" ; et puis plus tard, à l'époque des pirates barbaresques, qui ont envoyé des bateaux très au Nord, dans l'Atlantique : comment expliquer la faiblesse de la résistance des Européens à cette époque ? Comment expliquer le silence des chroniqueurs de l'époque, on se souvient de guerres, d'épidémies, mais ce fléau n'a pas vraiment révolté les consciences ?

- Pour ce qui concerne le nombre total approximatif de chrétiens qui ont été déportés en esclavage en terre d'islam, vous donnez page 64 une estimation basse de 12 millions de personnes. Comment y parvenez-vous, dans la mesure où contrairement à la traite transatlantique des Noirs par les Européens, il n'y avait pas de cahiers de bord associés à chaque transport, et donc on est dans l'imprécision la plus totale ? Que sont devenus ces esclaves déportés, parce que clairement ils n'ont pas fait souche, ni au Maghreb, ni au Moyen-Orient, à quelques rares exceptions comme des femmes dans des Harems princiers, ou quelques convertis ?

- La quasi disparition de ces masses incroyables d'Européens esclaves, s'explique par les mauvais traitements qu'ils ont subi et cela dès leur rapt ; vous vous referez aux récits, exceptionnels, de la poignée de captifs qui ont pu revenir, soit en s'échappant, soit en étant rachetés contre une rançon. A quoi étaient-ils utilisés par leurs maitres ? Quels étaient leurs contacts avec la population ? Comment travaillaient-ils, comment étaient-ils nourris, etc.

Un sujet vraiment original et méconnu, qui je l'espère passionnera mes auditeurs ... rendez-vous dimanche prochain !

J.C