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16 novembre 2017

Macron inaugure le Louvre Abu Dhabi, un musée "contre l'obscurantisme"



Le Sheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, Brigitte Macron, le président Emmanuel Macron et le prince Mohammed bin Zayed Al-Nahyan 
pendant l'inauguration du musée


Le Louvre Abu Dhabi a été inauguré mercredi en se projetant comme un "musée universel", qui ambitionne de lutter "contre l'obscurantisme" selon le président français Emmanuel Macron.

A part l'inauguration du Louvre, M. Macron, dont c'est la première visite officielle au Moyen-Orient depuis son élection en mai, doit s'entretenir avec les dirigeants des Emirats et rendre visite aux militaires français positionnés dans ce pays "stratégique". M. Macron fera également un déplacement à Dubaï et clôturera un forum économique avant de repartir jeudi soir.     
A peine descendu d'avion à Abou Dhabi, Emmanuel Macron a rejoint l'homme fort des Emirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, pour célébrer l'ouverture de ce musée qui porte pour la première fois le célèbre nom du Louvre en Orient. "Aujourd'hui, un monument culturel mondial est lancé : le Louvre Abu Dhabi rassemble des icônes de l'art reflétant le génie collectif de l'Humanité", s'est félicité cheikh Mohammed.
"La beauté sauvera le monde", a renchéri, en reprenant une formule de l'écrivain Fiodor Dostoïevski, M. Macron après s'être émerveillé devant les chefs d'œuvre [JC1] présentés dans les immenses salles blanches du Louvre Abu Dhabi. "Ce musée du désert et de la lumière" est "le point d'équilibre entre les continents européen, africain et asiatique" et ses œuvres démontrent que "nos religions, nos civilisations sont liées", a-t-il ajouté au cours de son discours. "Ceux qui veulent faire croire où que ce soit dans le monde que l'islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent", selon lui. M. Macron a récemment salué l'engagement des Emirats à lutter contre les groupes armés jihadistes, notamment en participant à la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI). 

Unique dans le monde arabe 

Lors de la visite du musée, M. Macron et son épouse Brigitte ont croisé le roi du Maroc Mohammed VI et le président afghan Ashraf Ghani, parmi les 400 invités. Etait également à leurs côtés l'architecte Jean Nouvel, qui s'est inspiré des médinas arabes pour concevoir ce musée qui ouvrira ses portes au public samedi avec des festivités prévues jusqu'au 14 novembre. Les visiteurs peuvent déambuler dans des espaces de promenade surplombant la mer et sous un dôme de 180 mètres de diamètre, composé de 7 850 étoiles en métal à travers lesquelles les rayons du soleil créent ce que Jean Nouvel appelle une "pluie de lumière", inspirée des palmeraies et des souks.
Quelque 5 000 visiteurs sont attendus dans les premiers jours, a indiqué Mohammed al-Moubarak, président de l'Autorité de la culture et du tourisme d'Abou Dhabi, qui voit dans ce musée le symbole d'une "nation tolérante". C'est "un musée universel, le premier du monde arabe", a résumé Jean-Luc Martinez, président du Louvre à Paris, qui a fait le déplacement. 
Contrairement à d'autres musées dont le parcours propose un classement par styles ou civilisations, celui-ci met en lumière les thèmes universels et les influences communes entre les cultures, de la préhistoire à nos jours. Dans une salle figurent ainsi côte à côte une feuille d'un coran bleu du IXe siècle, une torah yéménite de 1498 et deux volumes d'une bible gothique du XIIIe siècle.

Première visite au Moyen-Orient

Mais la star du musée, selon ses promoteurs, est "La Belle Ferronnière", ce portrait de femme de Léonard de Vinci prêté par Le Louvre Paris. Au total, 300 œuvres ont été prêtées par 13 musées français, dont "Autoportrait" de Vincent van Gogh.
Le Louvre Abu Dhabi est le fruit d'un accord inter-gouvernemental signé en 2007 entre Paris et Abou Dhabi. D'une durée de 30 ans, l'accord, qui inclut la marque Le Louvre et l'organisation d'expositions temporaires, totalise un milliard d'euros, sans compter le coût réel de construction que personne ne veut révéler.
Lors du lancement du projet, des voix s'étaient élevées en France contre l'aspect "mercantile" de "la vente de la marque" Le Louvre dans le Golfe. Des ONG, dont Human Rights Watch, se sont ensuite inquiétées des conditions de travail des migrants sur le chantier, mais ces critiques se sont estompées au fil des ans. Le Louvre Abu Dhabi, dont l'ouverture a été retardée plusieurs fois, est le premier de trois musées prévus à Saadiyat, avec un Guggenheim, conçu par Frank Gehry, et le Zayed National Museum confié à Norman Foster.

Le Midi Libre, 9 novembre 2017
AFP / Ludovic Marin




14 novembre 2017

"Plantez les kouffars!": à 13 ans, "Abou Ismaïl" rêvait de commettre un attentat



Un adolescent, domicilié à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), a tenté de commettre un attentat au couteau le 21 juin, sous l'influence d'individus radicalisés.

 [EXCLUSIF] La veille de la fête de la musique, un attentat a été déjoué discrètement à Vitry-Sur-Seine. L'aspirant terroriste était un adolescent français en contact avec le Suisse arrêté lors du coup de filet de mardi. L'Express a pu consulter ses derniers écrits.

Coiffé d'une épaisse tignasse noire et ondulée, un jeune homme au visage poupin tente d'afficher une mine déterminée. Sa fine moustache trahit son entrée récente dans la puberté. Sur cette photo, prise dans ce qui semble être la salle de bain familiale, "Abou Ismaïl" formule son voeu de mourir au nom du djihad. Il brandit une feuille arrachée à un classeur d'écolier sur laquelle il a inscrit au stylo: "Je prête allégeance au calife Abu Bakr Al-Baghdadi [le chef autoproclamé de l'Etat islamique]".  
A 13 ans à peine, cet adolescent de Vitry-sur-Seine (dans le Val-de-Marne) est devenu le plus jeune mis en examen pour un projet d'attentat en France. Dans la nuit du 20 au 21 juin dernier, il a été interpellé par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sur la voie publique, non loin de son domicile, alors qu'il avait annoncé son intention de tuer au hasard des passants. Un couteau est retrouvé sur lui. Les enquêteurs ont eu vent de son projet grâce à un "renseignement" qui leur est parvenu à la dernière minute: le collégien bavard s'était épanché sur son désir d'attaquer des "mécréants" en cette fin de Ramadan sur la messagerie chiffrée Telegram. Il y avait aussi publié son serment d'allégeance. A quelques heures de la fête de la musique, les autorités ont ainsi déjoué le huitième attentat de l'année 2017. 

"Sortez avec un couteau, agissez!"

Fait inquiétant, selon l'exploitation de son téléphone, le jeune garçon entretenait des contacts virtuels avec un certain nombre d'individus radicalisés et placés sous surveillance. En France comme en Europe.  
Parmi eux, un Suisse, djihadiste présumé de 27 ans, arrêté ce mardi en France lors d'un vaste coup de filet antiterroriste. "Ils avaient eu des conversations privées sur Telegram. Le mineur participait à plusieurs groupes de discussions, qui avaient notamment été initiés par le Suisse", indique une source proche de l'enquête à L'Express. C'est d'ailleurs pour préserver les investigations sur ce prétendu "imam" influent que l'affaire de Vitry-sur-Seine est restée confidentielle pendant près de cinq mois. Outre cet individu suisse, un Belge de 37 ans connu des services antiterroristes a été arrêté en Belgique dès le 21 juin, quelques heures après l'adolescent, et écroué. Il est soupçonné d'avoir incité le jeune admirateur de Daech à passer à l'acte. 
L'Express a pu consulter les derniers messages "d'Abou Ismaïl" - son pseudonyme sur Telegram. Ils trahissent une immaturité déconcertante. L'adolescent semble avoir mûri son projet terroriste dans les dernières minutes, galvanisé par des internautes radicalisés qui se connaissaient à peine. Dans un groupe privé intitulé "Discussions (frères)", réunissant 25 membres et où l'on disserte sur la religion, il écrit le 21 juin à 23h34: "Les frères qui sont en Dar al Kufr [terre des mécréants] agissez!!! Sortez avec un couteau, plantez les kouffars, tuez les avec n'importe quoi. Avant, accomplissez le ghusl [l'ablution] et faites la prière puis sortez, bismillah [au nom de Dieu]."  

"T'es au Sham? Alors agis aussi, frère"

Pour convaincre ses interlocuteurs, le jeune collégien se livre à une exégèse hasardeuse du Coran. "Le messager nous a bien dit que celui qui tue un mécréant au nom d'Allah ira au paradis." Il insiste : "Couteau dans la tête, le ventre, n'importe où!". Face à cette fougue - qui n'est pas sans rappeler celle d'Adel Kermiche, l'un des jeunes terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray -, les participants au groupe tancent le garçon. 
- T'es au Sham [terres contrôlées par Daech] frère? 
- Non, admet le Francilien. 
- Alors agis aussi frère, le provoque un internaute. 
Il n'en faut pas plus pour décider l'adolescent : il va agir, et dès "ce soir". Malgré l'heure tardive, il veut frapper dans la rue aveuglément, sans distinction de cibles et avec des moyens rudimentaires. "Tu dis ça ici, normal?", s'inquiète l'un de ses contacts Telegram. Quand d'autres l'encouragent et lui prodiguent quelques conseils : "Pour la sécurité de tous, jette portable, ordi et tout objet électronique. Supprime ton compte Telegram inch'Allah". Un habitué de la propagande islamiste se propose quant à lui de faire la liaison avec Daech pour la préparation d'un futur communiqué de revendication. 

"Soit il est parti, soit c'est un acteur mdr"

Dix minutes plus tard toutefois, un certain doute gagne le collège des émules de Daech. Et si "Abou Ismaïl", qui ne répond plus aux messages, n'était qu'un fanfaron ? Ou pire, un espion qui voudrait leur tendre un piège ? Dans l'assistance, personne ne semble vraiment le connaître. Les esprits s'échauffent. 
- Cela fait un moment que je lui parle, mais je savais pas qu'il avait 13 ans, explique un membre. 
- Comme il était admin [administrateur du groupe], je me disais que tu le connaissais lol, lui reproche un autre.  
- Oui, mais je demande pas aux frères où ils vivent ! 
- C'est simple : soit il est vraiment parti... Soit [c'est] un acteur un peu mdr, observe un troisième participant. 
- Je comptais dormir tôt aujourd'hui, c'est mal parti... 
Finalement, un certain "Abd'al Muhaymin Al-Bosnie" apporte sa caution au jeune terroriste. Il entretiendrait des liens personnels avec lui. Ce mystérieux garant, les policiers l'ont identifié comme étant le Suisse de 27 ans interpellé mardi, selon une source proche de l'enquête. Son pseudonyme est un hommage à ses origines bosniaques, lui qui s'est converti à l'islam il y a seulement trois ans. Il adresse un ultime hommage à son jeune protégé: "Frère je t'aime sur Allah, je veux que tu le saches". 
Vers minuit, le collégien se connecte une dernière fois à Telegram: "Je suis prêt, devant ma porte". Un couteau à la main, et à peine entré dans l'adolescence, il s'apprête à fondre dans la nuit. 
- Quelle ville ?, l'interroge l'un de ses contacts. 
- Vitry-sur-Seine, 94. 
C'est son dernier message. Le groupe est supprimé dans les heures qui suivent pour tenter d'effacer toute trace. "Les frères" s'attendent à savourer les exactions de l'adolescent à la Une des journaux télévisés du lendemain. Il n'en sera rien. L'apprenti djihadiste est en réalité en bien mauvaise posture. Il est placé en garde à vue dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret (dans les Hauts-de-Seine). Après 48 heures d'audition - le maximum possible en raison de son âge-, il est mis en examen par un juge antiterroriste et placé en détention provisoire le 22 juin. 

Jérémie Pham-Lê

L’Express, 8 novembre 2017