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04 mars 2018

L’antisémitisme chez les réfugiés musulmans en Allemagne : Günther Jikeli sera notre invité le 11 mars

Manifestation à Berlin le 10 décembre 2017

C’est un sujet bien inquiétant dont nous allons parler dimanche prochain, puisqu’il s’agit de l’antisémitisme, et plus précisément d’un antisémitisme concernant certaines populations musulmanes. Alors il faut d’abord rappeler que dans un délai très court, environ un million de migrants fuyant les guerres civiles en Syrie et en Irak ont été accueillis en Allemagne, à partir de 2015. Nous allons en évoquer une étude très récente, publiée au mois de décembre, suite à une enquête réalisée à Berlin auprès d’un échantillon de ces réfugiés. Et nous aurons la chance d’avoir comme invité l’universitaire qui a réalisé cette enquête, Günther Jikeli. J’ai eu le plaisir de faire sa connaissance il y a deux ans et demi, c’était dans le cadre de la commission que j’anime au CRIF, et il nous avait présenté ses premiers travaux sur un antisémitisme nouveau en Europe, celui constaté au sein de l’immigration musulmane. Il est né à Cologne en 1973, et il est Docteur en Philosophie de la « Technische Universität » de Berlin. C’est un historien, et je dois rendre hommage à la ligne droite qui a été la sienne puisque le combat contre l’antisémitisme a été le fil directeur de ses recherches. Cela l’a amené à travailler successivement l’Université de Tel Aviv, puis comme conseiller de l’OSCE. Sa compétence lui a permis d’être rattaché actuellement comme chercheur associé dans deux Universités, le Centre Moses Mendelssohn à Potsdam, et l’Université de l’Indiana aux Etats-Unis.

Parmi les questions que je poserai à Günther Jikeli :

-          Pour votre étude, vous avez interrogé en décembre 2016, 68 réfugiés de Syrie et d’Irak, vous avez préféré avoir des échanges spontanés plutôt qu’un vrai sondage, avec un échantillon représentatif plus grand : pourquoi avoir choisi cette méthode ?
-          Votre premier constat à l’issue de presque toutes ces conversations, c’est que les réfugiés avec qui vous avez parlé ont presque tous une vision complotiste, à la fois de l’Histoire et du monde dans lequel ils ont vécu, c’est-à-dire le Moyen-Orient. Concernant les réfugiés de Syrie, comment expliquaient-ils la guerre civile dans leur pays ?
-          Un sujet qui vous tient particulièrement à cœur, en tant qu’universitaire et chercheur allemand, c’est bien la Shoah. Que savaient les réfugiés Syriens de ce qui s’est passé en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale ? L’ont-ils découvert seulement en Allemagne ? Et avez-vous entendu soit des propos négationnistes, soit une expression de sympathie pour le nazisme, vos interlocuteurs disant que les Juifs avaient mérité ce qui leur été arrivé ?
-          Le public allemand a été choqué par des manifestations à Berlin suite à la déclaration de Donald Trump sur Jérusalem : des manifestants, comprenant des réfugiés, ont crié « mort aux Juifs ». Mais cela ne devait pas surprendre, car un article du journal français « L’Obs » en date du 9 février, indique que rien que pour la première moitié de 2017, on a recensé en Allemagne 681 actes antisémites, soit plus que pour la France l’année dernière : les Juifs allemands ont-ils peur aujourd’hui ?
-          Votre étude ne concernait pas l’importante communauté originaire de Turquie, et qui vit en Allemagne depuis longtemps. Mais ils sont toujours la majorité des quelques 4,5 millions de musulmans du pays. Il y a eu l’évolution de la Turquie d’Erdogan, et l’antisémitisme diffusé par le parti au pouvoir AKP sous couvert « d’antisionisme » : est-ce que cela a eu une influence sur eux ?
-          Un autre élément très inquiétant en Allemagne, c’est le succès du parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland, qui a connu un succès spectaculaire en faisant entrer 80 députés au Bundestag : pensez-vous qu’ils représentent un vrai danger pour la communauté juive d’Allemagne ?

Un sujet vraiment préoccupant, et qui prouve bien que l’antisémitisme est maintenant de retour partout en Europe. Soyez nombreux à l’écoute !

J.C