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16 février 2017

Une démocratie en trompe-l'oeil

Source Wikipedia

Et si tant de nos journalistes étaient - un peu - moins paresseux ou manipulables ?

Lors de l'élection de l'Ayatollah Hassan Rouhani, en août 2013, on aura lu et entendu que c'était les "réformateurs" qui avaient gagné les élections contre les "conservateurs". Que cela prouvait que les choses pouvaient changer en Iran. Or on avait dit exactement pareil 16 ans avant, en 1997, au moment de l'élection de Mohammad Khatami, dont les deux mandats furent suivis par ceux du "dur" Mahmoud Ahmadinejad : mais en dehors des provocations de ce dernier vis à vis des Occidentaux, avait-on à l'époque constaté, selon les périodes, la moindre évolution en termes de libertés intérieures ou de politique étrangère ? Absolument pas ! Et sous Rouhani, non plus, voir par exemple ma publication récente  à propos des Bahai's ; et nous en reparlerons plus tard au sujet de multiples violations actuelles des Droits de l'Homme.

Alors, comment l'expliquer ? Il y a une raison simple, mais qu'oublient, volontairement ou non, nos grands médias :  le vrai "patron" de l'Iran n'est pas le président élu, qui joue plutôt un rôle de chef de gouvernement ; mais l'Ayatollah Ali Khameneï, "Guide suprême de la Révolution islamique" depuis 1989, donc depuis près de 30 ans ! C'est lui qui incarne la ligne idéologique du régime, en digne successeur de Khomeini qui dirigea le changement de régime dix ans plus tôt.



 Ali Kahamenei

Subtilités persanes, me direz-vous ? Pas vraiment, car il suffit d'avoir un minimum de curiosité en consultant les articles sur Wikipedia consacrés au système politique iranien, en particulier celui intitulé Politique en Iran et celui consacré au Président de la République Islamique d'Iran. Le schéma en illustration ci-dessus est d'ailleurs tiré de cette dernière publication.

Quelques idées simples à retenir, et à rétorquer lorsque l'on parle de la "démocratie iranienne" :
-        Des institutions non élues comme "le Conseil du discernement" et surtout le "Conseil des gardiens de la constitution" ont un rôle de contrôle et de censure ;
-       Comme pour les défunts régimes communistes, c'est une institution purement idéologique (le "Conseil des gardiens") qui impose au législatif un respect absolu du dogme - ici l'islam version chiite ;
-        Le Conseil des gardiens - dont les membres sont nommés directement ou indirectement par le "Guide suprême de la Révolution" -, a un pouvoir de censure sur l'élection du Président de la République, puisqu'il peut récuser des candidats ; et (extrait de l'article), "Selon la constitution iranienne, le président est choisi parmi les personnes remplissant les conditions suivantes : d’origine iranienne, de nationalité iranienne, administrateur et avisé, pourvu de bons antécédents, digne de confiance, vertueux, pieux et attaché aux fondements de la République islamique d’Iran et à la religion officielle du pays".

Ceci étant dit, la façade démocratique iranienne contribue fortement à sa bonne image de marque, en opposition aux Monarchies du Golfe, ou plus encore, à l'Arabie Saoudite : autre théocratie, mais totalement absolutiste, à la gestion encore plus opaque et surtout refusant toute forme de parlementarisme.

J.C