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11 décembre 2016

Les Juifs : une mémoire effacée en Tunisie ? Bernard Allali sera mon invité le 18 décembre

Bernard Allali (à gauche) dans le cimetière juif de Sfax

Lors d'une récente émission, nous avions évoqué avec Benjamin Stora le passé d'une communauté juive disparue, celle d'Algérie. Et dimanche prochain, nous allons évoquer une autre communauté, celle là presque disparue dans la Tunisie voisine, et mon invité sera Bernard Allali. Pour le présenter, je dirai que nous nous connaissons depuis plus de 30 ans, que avons à peu près le même âge, que nous partageons depuis des décennies la même passion pour l'histoire et la culture du peuple juif, mais que en ce qui le concerne, c'est la mémoire et le patrimoine des Juifs tunisiens qui a été la grande passion de sa vie, cette communauté dispersée qui fut la notre à tous les deux. Collectionneur éclairé de tous les documents possibles sur le sujet - photos, cartes postales, journaux, estampes -, il est le président et fondateur de l'ATPJT, "Association des Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie" ; il a réalisé plusieurs expositions, et il a écrit un album très original sur ce sujet jamais épuisé ; mais surtout, et alors que le contexte politique éloigne de façon drastique les originaires du pays, il y est retourné ces dernières années pour des projets bien précis dont il va nous parler. En fait, le sujet de cette émission n'est pas vraiment "notre mémoire à nous", mais celle de la population tunisienne : "Les Juifs, une mémoire effacée en Tunisie ?", tel est le titre que j'ai donc choisi. Et nous verrons ensemble si, à partir de tout ce qui reste de cette minorité, des vieilles photographies d'une part, quelques synagogues et des cimetières abandonnés d'autre part, on peut empêcher cet effacement sur place.

Parmi les questions que je poserai à Bernard Allali :

-        A propos de manifestations récentes, ici à Paris : en 2014, la présentation du livre "Les Juifs de Tunisie, un autre regard", un album de plus de 300 pages dont l'iconographie est le reflet commenté de ta collection personnelle ; l'exposition "Les costumes juifs en Tunisie", en juin dernier à la Mairie du 3è arrondissement ; dans la même période, une conférence donnée sur la "dhimmitude"  : est-ce que des représentants diplomatiques, ou culturels du gouvernement tunisien sont venus à ces occasions ?
-        Au mois de mai 2014, dans le cadre du pèlerinage annuel à la Ghriba de Djerba, tu as présenté tes collections, en évoquant  "Les Juifs de Djerba et de l'intérieur" : as-tu eu un soutien officiel du gouvernement tunisien ? Y a-t-il eu beaucoup de visiteurs musulmans ?
-       Ta dernière exposition a été présentée du 20 au 27 juillet dernier dans  la Médina de Tunis, elle s'appelait "El Hara", nom du ghetto juif de Tunis rasé peu après l'Indépendance. As-tu eu un public nombreux, et surtout est-ce que cela a intéressé des jeunes, des intellectuels, des étudiants ? Quelle a été la couverture médiatique ?
-       On se pose plusieurs questions à propos des cimetières juifs de Tunisie : d'abord, on sait que le commandement religieux absolu est de laisser en place les corps inhumés ; mais comme d'une part, il n'y a plus de communautés sur place pour y veiller, et comme certains ont été rasés, la seule solution est de regrouper de façon décente les ossements dans des endroits sûrs. Y a-t-il des projets pour cela ? Pour les cimetières comme ceux de Sfax ou du Borgel, qui peut payer pour l'entretien des sépultures, et surtout trouve-t-on des Tunisiens prêts à le faire moyennant finance ?
-        Tu étais cet automne à Sfax, où tu as fait un travail assez fabuleux puisque vous avez nettoyé toutes les tombes, pris des photos et établi une véritable cartographie du cimetière juif. En dehors de l'aspect "mitzvah" - car c'en est une de redonner un minimum de dignité à des sépultures - quel est l'intérêt de faire un tel travail ?
-        Les informations récentes n'incitent pas à l'optimisme : à Sfax, par exemple, la grande synagogue est abandonnée après voir été vandalisée,; à La Goulette, le dernier restaurant casher, "Mamie Lily" de Gilles Jacob Lellouche a fermé ses portes, suite à des menaces : quelles sont les synagogues qui restent ouvertes ? Et, en dehors des discours officiels des Autorités, la population est-elle indifférente à l'extinction progressive de cette minorité ?

Je suis sûr que parmi mes auditeurs fidèles, les "Tunes" seront particulièrement intéressés par cette émission. Et j'espère que de nombreux autres nous écouteront aussi !

J.C