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03 avril 2016

Marocains juifs, des destins contrariés : Simon Skira sera mon invité le 10 avril

Juifs marocains avant leur départ, années 1950
(photo Elias Harrus, avec l'aimable autorisation 
de la Bibliothèque de l'Alliance Israélite Universelle)

Après une série d'émissions consacrée à la France, nous allons passer cette fois-ci de l'autre côté de la Méditerranée pour aller au Maroc. Et nous allons quitter aussi le temps présent pour parler d'un passé proche. Le titre de cette émission est tiré d'un film documentaire, "Marocains juifs, des destins contrariés". J'aurai le plaisir de recevoir sur notre plateau Simon Skira, qui est le producteur associé de ce film. Simon Skira est né au Maroc, pays qu'il a quitté comme beaucoup après la guerre des six jours, en 1967, il avait alors 15 ans et sa famille s'est installée en Israël. Tout était dur à l'époque pour les immigrants marocains, on en parlera aussi, mais il est arrivé à obtenir un diplôme d'Ingénieur après des études supérieures à Beer Sheva, et puis il a eu une vie très riche, où on distingue deux fils conducteurs : l'amour de son peuple et d'Israël, qu'il a servi dans diverses instances ; et un profond attachement aussi, au Maroc, et à sa communauté d'origine. Il était donc logique de le retrouver dans ce film qui, il faut le souligner, est réalisé et produit par un Marocain musulman, Younes Laghrari. J'ai vu ce documentaire avec plaisir, on y voit mon invité, bien sûr et chose remarquable, il s'exprime à plusieurs reprises en langue arabe ; on entend des nombreux témoins vivants de ce départ massif de toute une communauté ; mais on a aussi le plaisir d'écouter des historiens, Michel Abtibol et Ygal Bin Nun, qui ont été mes invités dans ma série "Rencontre" il y a plusieurs années ; et aussi Georges Bensoussan, l'auteur d'un ouvrage de référence "Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1850-1975".

Parmi les questions que je poserai à Simon Skira :

-        Le réalisateur du film, Younes Laghrari, présente son travail comme un début de réponse à une interrogation : pourquoi cet exil massif des Juifs marocains en quelques décennies ? Pourquoi alors qu'ils étaient une communauté forte de 265.000 âmes en 1948, au moment de la résurrection de l'Etat d'Israël, sont-ils presque tous partis trente ans après, mais n'être plus que quelques milliers aujourd'hui ? On ne peut pas développer chaque explication possible, mais peut-on lister les raison couramment données pour ce départ massif ?
-        On a bien entendu à l'esprit deux repères historiques : 1948, le début des Guerres d'Israël avec le monde arabe ; et puis les indépendances des pays du Maghreb à partir de 1956, indépendances qui ont mis les Juifs de ces pays en quelque sorte hors la protection du colonisateur français. Mais en même temps, c'est vrai que le discours présentant le Sionisme et Israël comme les seuls responsables du départ des pays arabes dédouane leurs populations et leurs gouvernements de toute responsabilité. Mais si Israël n'était pas apparu en 1948, est-ce que cela aurait empêché ce départ ?
-        Dans le film on peut entendre des témoignages de Marocains juifs qui sont partis et musulmans qui se souviennent de la coexistence d'antan. On peut même dire que c'était plus que de la coexistence, puisque les gens vivaient souvent côte à côte ; les Musulmans préparaient des plats cuisinés qu'ils offraient pour la Mimouna et les Juifs rendaient la pareille au moment de l'Aïd. Mais est-ce qu'on n'enjolive pas la mémoire du passé ? Est-ce que, comme le dit Georges Bensoussan, on ne voit pas forcément en rose ses souvenirs de jeunesse ?
-        Quels ont été les évènements précis qui ont entrainé une peur, d'abord diffuse, ensuite panique après la Guerre des Six Jours ? Est-ce que l'influence des partis nationalistes comme l'Istiklal, et le fait pour l'Etat marocain de se déclarer à la fois arabe et musulman ont en quelque sorte tout de suite mis les Juifs de côté ?
-        Que sont devenus les biens des gens ? Ont-ils pu vendre dans des conditions correctes, sans être spoliés ?
-        Quel a été l'accueil du film au Maroc, et est-ce que les nouvelles générations éprouvent de la curiosité par cette coexistence qu'ils n'ont pas connue ?

Plein de questions, donc, et un sujet qui intéressera je l'espère nos auditeurs bien au delà des Juifs d'origine marocaine : soyez nombreux à l'écoute !

J.C