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02 février 2012

On tue en Syrie, par André Nahum



On tue en Syrie.
On tue beaucoup.
A coup de mitraillettes, à coup de canons. Les victimes des comptent par dizaines tous les jours. Suivant les traces de son auguste père, Bashar al Assad n’y va pas de main morte pour semer la mort.

Et pourtant les opposants  continuent à manifester avec courage, à  crier leur colère et exiger sous la mitraille le départ du dictateur ... On a bien  laissé dire ici et là que sa famille avait été mise à  l’abri à l’étranger dans l’optique d’une fuite du tyran lui-même, mais rien n’est venu  le  confirmer.

Cette accumulation de cadavres  émeut tout de même la communauté internationale, mais pas plus. Pour moins que ça  on a envoyé nos avions en Libye et  on a aidé à lyncher à mort Mouamar Kadhafi . Je me demande comment aurait réagi le monde si Israël avait, à Dieu ne plaise, fait le dixième, le centième  contre les Palestiniens ? Que n’aurait on  pas vu et entendu alors ? Là, pas grand-chose  !  Ce sont des Musulmans qui tuent d’autres Musulmans. C’est une affaire de famille qui ne regarde personne.

La Ligue Arabe a proposé sans succès un plan de sortie de crise et a envoyé des observateurs qui ont été mis dans l’impossibilité d’observer quoique ce soit.
Il y a bien une réunion  du Conseil de Sécurité de l'ONU, mais la Russie et la Chine veillent au grain. Ils ont déjà dû digérer les autres révolutions arabes, mais pour ces deux gouvernements l’exigence de liberté des peuples  c’est bien, mais point trop n’en faut. Trop c’est trop, cela risque de devenir contagieux et  de s’étendre chez eux. Et ça leur est intolérable ... De plus la Russie dispose d’une base maritime que lui a généreusement octroyée le président syrien à Lattaquié. Elle a bien peur de la perdre, comme elle a peur d’indisposer cet  autre ami, M. Ahmadinejad, allié fidèle et protecteur de  Damas.

Ainsi donc, deux puissances de premier plan sont opposées à la chute de Bashar al Assad, alors que  les autres sont condamnées à l’immobilité, rendues  prudentes  de plus par les précédents égyptien et libyen où il est fort possible qu’une  tyrannie  islamiste remplace une autre tyrannie, et les résultats pour le moins discutables des interventions de l’Occident dans les pays arabes et musulmans. Un état intégriste de plus dans la région, ça ferait beaucoup !…

Tout cela arrange bien les affaires de  Bashar al Assad, décidé à rester au pouvoir coute que coute  et qui pour le moment au moins peut continuer à tuer en paix sous l’efficace parapluie russe et chinois

Et les Syriens dans tout cela, victimes  impuissantes des rivalités des grands  ?
Eh bien il ne reste plus qu’à méditer ce vieux proverbe arabe : "Se disputent les vents et cela tombe sur la tête des voiliers".
Autrement dit les grands s’affrontent et les petits paient.
Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

André Nahum,
Judaïques FM, le 1er février 2012