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28 février 2012

"Lavage qui rit", par Chaimae Bouazzaoui


Des destructeurs agissent pour laver les cerveaux des Tunisiens. On dirait que ces temps ont donné le sourire à des acteurs connus et /ou anonymes afin qu’ils dévient le grand chemin souhaité par les révolutionnaires.

L'ambiance devient floue en Tunisie : Ainsi ce Cheikh égyptien qui a souvent réclamé l'excision des jeunes filles, ce qui est tout à fait horrible. Après l’affaire scandaleuse des mères célibataires, l’histoire des salafistes à la faculté des lettres de la Manouba, et l’Émirat salafiste de Sejnane qui ont rempli des espaces dans la presse, une autre affaire plus importante a gagné le terrain rien que pour laver la matière grise : celle de l’excision des jeunes filles tunisiennes. Cela fait rire… mais vu plus en profondeur, cela appelle à un moment de réflexion.

Les propos controversés du prédicateur radical Wajdi Ghanim lors de sa visite en Tunisie incitant inexorablement à l’instauration de la charia et sa justification de l’excision des femmes ont déclenché un tollé dans la société civile. Certaines personnes veulent la grignoter, provoquant heureusement des réactions, notamment celles provenant d'une partie de la presse devenue enfin libre après le 13 janvier. Quoi de plus «sauvage » que de traumatiser la nature, de la choquer et de la briser. Plusieurs filles ont été malheureusement excisées suite à sa venue, selon deux professeurs d'éducation islamique. Le problème est donc à la fois déontologique et de mentalité. Ce n’est pas la religion qui est en est la cause mais c’est essentiellement la « mauvaise interprétation ».
Cette pratique n’a rien à voir avec la culture et les traditions tunisiennes. En outre une pareille mutilation ne doit pas prendre les devants par rapport au développement durable sur lequel la République devra mettre l’accent.

Le grand retard justifié par les chiffres menaçants en matière économico-sociale tire désormais la sonnette d’alarme. C’est à la presse de changer les comportements.

Combattre cette pratique, par le biais des médias, et qui porte atteinte à l'intégrité physique et psychique de la femme s’avère un projet sérieux. Comment peut-on permettre à cet énergumène de faire l'apologie de cette pratique pharaonique scandaleuse de nos jours.

Un témoin objectif constatera inéluctablement que les conséquences de la révolution ont touché énormément à la question des rapports hommes / femmes. Au lieu de focaliser les problématiques sur l’avenir du pays en matière de développement durable et de calquer la révolution sur l’évolution, certains destructeurs émergés depuis, utilisent toute leur énergie pour déséquilibrer les rapports sociaux hommes / femmes (dans le travail et le mariage), femmes / femmes (avec burqa vs sans burqa) et hommes / hommes (libéral vs religieux).

Il est temps pour agir localement sur l’esprit de l’opinion publique et surtout pour créer des pistes de réflexion en tenant compte des générations futures. Débattons !

Chaimae Bouazzoui

Nota de Jean Corcos :

J'ai le plaisir de publier ici une nouvelle tribune libre de mon amie Chaimae, jeune journaliste marocaine en stage à Tunis, et dont vous avez pu lire ici le témoignage sur les débuts de la révolution tunisienne.
A noter que son indignation traite essentiellement de ce qu'elle a lu et entendu suite aux propos de ce Cheikh intégriste, à propos de l'excision des jeunes filles. Or, et il est bien triste de le constater, la presse locale est restée muette devant les cris antisémites haineux - notamment le fameux chant "Khaybar, Khaybar, oh Juifs, l'armée de Mahomet revient", entendus sous la coupole du Palais des sports d'El Menzah, près de Tunis, alors qu'il s'adressait à une foule de plusieurs milliers de personnes.
Il existe une vidéo de ce passage, et j'en donne le lien à cette adresse